Après Noé, Daren Aronofsky revient avec Mother. La bande annonce et l’affiche ne disaient presque rien. Après 2h passés dans sa version contemporaine du mythe fondateur, on comprend mieux pourquoi.
Il y a quelque chose de fantastique chez Aronofsky : sa capacité à proposer des films concepts qui ne sont en rien un bon moment passé pour le spectateur. Souvenez-vous Requiem for a dream, personne n’a vu le film en se disant “j’ai trop envie de le revoir”. L’expérience vécue était si intense et si difficile qu’on ne s’imaginait pas revoir le film tous les quatre matins. Moi par exemple, je n’ai jamais pu le revoir… Avec Mother c’est un peu la même chose. Nous voici enfermés pendant 2 heures dans la maison qui rend fou. Ces deux heures sont suffocantes presque irrespirables et pourtant notre œil ne veut pas lâcher l’écran. On est enfermés dans la maison comme sa protagoniste. Autour plus rien n’existe. Ni les problèmes à la maison, ni votre To Do qui vous attend lundi longue comme votre bras. Et rien que ça, peu de film peuvent se venter d’y parvenir.
Il y a dans Mother une autre fascination d’Aronofsky : ne pas aller là où l’attend et partir même complément dans la direction qu’on ne voudrait pas qu’il prenne. La mère devrait crier, tout casser, s’énerver, tenter de fuir : il n’en sera rien. Elle se contentera de subir et de râler un peu. Le réalisateur fait avec Mother tout ce qu’il veut sans se soucier du bien pensant. Sa volonté ? Bousculer le spectateur. Faire vivre une expérience. Après qu’elle soit bonne ou mauvaise c’est votre problème !
Rarement on aura vu un film qu’on voudrait rejeter de tout notre être mais qui colle autant à la peau. Ça fait 3 jours et on n’est pas complètement remis de l’expérience Mother… et impossible de vous dire qu’on l’a aimé. C’est seulement un film immense.
Sans trop spoiler, on vous dira simplement qu’avec Mother Aronofsky continue sa boucle sur l’origine du monde. Dieu et mère nature main dans la main ou dos à dos dans une version moderne de la bible. Ici l’enfer c’est les autres. Le culte, une dérive dangereuse menant au chaos et la religion, une bête féroce dévastatrice de la vie… Il y a mille choses dans Mother et il faudrait plusieurs visionnages pour en faire le tour.
Film fascinant autant qu’irritant, Mother est le genre de film difficile à oublier. Plus qu’une expérience, un choc pris à grande vitesse qui devrait autant être adulé que détesté. Y vouerez-vous un culte ?