Pour son premier long métrage, Pierre Godeau, décide de dresser le portrait d’une jeune fille peu ordinaire, Juliette. L’héritage Sofia Coppola à la française ?
Juliette a 25 ans, l’âge des possibles, l’âge des amants… Issue d’une génération qui pour ne pas pleurer choisit de rire – Juliette va pourtant devoir grandir…
Quand on nous parle d’un film dans la lignée du cinéma de Coppola fille, on trépigne d’impatience. On a peur aussi un peu. Peur que ça soit compliqué de copier Sofia et surtout de l’égaler. Mais puisque les jeunes filles en perdition semblent être à la mode, et ayant adoré le Jeune & Jolie de Ozon, on avait très envie de découvrir ce que se cachait derrière ce doux prénom romantique.
Premier plan et premiers battements de coeur. Pierre Godeau nous met dans l’ambiance. C’est l’histoire de Juliette que nous allons suivre et celle de personne d’autre. Une histoire racontée de l’intérieur. Déjà le remix de Like A Child par Carl Craig nous met la puce à l’oreille : Juliette a 25 ans et ne veut pas grandir, ne peut pas grandir. Valsant d’un corps à un autre, Juliette erre dans sa vie. Juliette ne sait pas choisir et Juliette en est de toute façon incapable. Le film de Pierre Godeau raconte cette errance, ce vide et surtout la période de transition entre l’innocence et un âge de raison. Alors bien sur quand on a 25 ans quand on a pas encore trouvé sa voix, Juliette nous parle forcément un peu. Surtout parce que c’est la première fois qu’une telle histoire est racontée sur grand écran.
Juliette dépeint avec beaucoup de justesse une génération bancale, qu’on a un peu oublié et qui se retrouve là, bercée par des milliers d’illusions alors qu’autour le monde s’effrite. Juliette c’est alors l’histoire d’un désenchantement, d’un retour dans le réel progressif alors qu’on continue de se battre pour y échapper. Juliette c’est aussi l’histoire d’une fuite, d’une incapacité à se fondre dans la masse et à se confronter à la réalité, à la gravité d’une vie qu’on a jamais voulu. Difficile alors de rester de marbre, de rester spectateur alors que chaque plan, chaque aventure ou mésaventure nous ramène à notre propre histoire.
Si le fond nous aura vraiment touché, la forme nous aura, elle aussi, bien inspirée. Il y a dans la mise en scène de Pierre Godeau une grâce folle. Sa caméra tourne et semble jamais vouloir se poser ou s’arrêter et on est alors pris dans un tourbillon dont il est difficile de s’extraire. Au détour d’un plan sur la plage où deux amoureux jouent comme des enfants, on est alors happé par la beauté des images et là on se dit que Sofia Coppola n’est finalement pas très loin.
D’ailleurs si le film fonctionne si bien, c’est sans aucun doute grâce à une BO implacable. Youth Lagoon, The Do, Devendra Banhart, ou Antony & The Johnsons viendront nourrir les images et de quelle manière ! D’ailleurs quand Camille entame Prendre ta douleur pendant que Juliette offre son corps une nouvelle fois, un petit frisson nous parcourt alors. Jamais on avait envisagé la chanson de Camille sous cet angle…
Si Juliette nous aura beaucoup parlé, impossible de ne pas mentionner ses défauts. Déjà, parce que le film frôle un peu trop souvent la caricature bobo. Dans son héroïne déjà (Juliette 25 ans short en jean, écrit des livres à la machine à écrire, joue à 1,2,3 soleil à l’aube…) et finalement dans son ensemble. Evidemment on pose le décors dans un loft sans meubles dans lequel les tableaux sont mieux à même le sol, et dans lequel Juliette, quand elle s’ennuie, regarde des Super 8… On comprend bien sur la volonté d’un réalisateur de dépeindre une génération, une “catégorie” de jeunes branchés et pourtant complètement perdus mais on aurait aimé un peu plus de discernement et d’équilibre. Là, la publicité Levis ou Kooples n’est alors pas très loin…
Malgré sa caricature bobo, Juliette reste un premier film ambitieux et prometteur qui devrait parler à tous ceux et celles qui doutent et qui attendent patiemment que l’adolescence laisse gentiment sa place à l’âge de raison.