Après 127 heures, Dany Boyle fait son retour sur les écrans avec Trance. Malgré son casting international on ne savait pas trop si on parviendrait à entrer en transe ou si on resterait sur la touche. Chronique d’un film surprenant.
Commissaire-priseur expert dans les œuvres d’art, Simon se fait le complice du gang de Franck pour voler un tableau d’une valeur de plusieurs millions de dollars. Dans le feu de l’action, Simon reçoit un violent coup sur la tête. À son réveil, il n’a plus aucun souvenir de l’endroit où il a caché le tableau. Ni les menaces ni la torture ne lui feront retrouver la mémoire. Franck engage alors une spécialiste de l’hypnose pour tenter de découvrir la réponse dans les méandres de l’esprit de Simon…
Alors qu’on allait voir le film sans avoir lu ni le synopsis ni avoir vu la bande-annonce on peut dire qu’on fut sacrément surpris ! Démarrant comme un Affranchis, Dany Boyle nous plonge instantanément dans l’histoire et commence son film comme un thriller rageux à 10 000 à l’heure. D’ailleurs il vous faudra vous accrocher à votre fauteuil parce que Dany Boyle a choisi de lacher les lions et de ne rien faire dans la demi-mesure. On entre alors en transe et on se laisse manipuler comme Boyle sait le faire. On est loin des Slumdog Millionaire et autre 127 heures et on revient au réalisateur teigneux de Trainspotting ou Petits Meurtres entre amis. Attendez-vous alors à être secoué, balancé dans tous les sens jusqu’à ce que Boyle décide qu’il a fini de jouer avec vous.
Par un coup de maître, Danny Boyle parvient à nous hypnotiser à mesure qu’il avance dans le cerveau de Simon. On est fasciné et effrayé par le spectacle auquel on assiste et on est incapable de détourner le regard. On devient épileptique devant ce thriller manichéen qui se renforce minute après minute. Dany Boyle prenant un malin plaisir à brouiller les pistes, à jongler entre les perceptions de ses personnages pour nous faire perdre complètement l’esprit. On ne sait absolument plus qui est “coupable” ou qui est le plus méchant dans l’histoire. On ne sait pas qui manipule qui ou qui a le pouvoir. On nage dans un flou complètement hypnotisant et impossible, même une fois que le générique de fin s’abat, de savoir ce qui vient réellement de se passer. Une seule pensée nous vient en tête : revoir le film très vite pour tout comprendre. Ou du moins essayer de tout comprendre.
Pour parvenir à nous mettre en transe et à maintenir cet état pendant toute la durée du film, Dany Boyle utilise toute sa panoplie clipeste pour nous en mettre plein la vue. Les couleurs saturées, les effets trashs, les cadres penchés, les flous et autres effets miroir vous donneront le vertige alors qu’un montage ultra-dynamique vient faire le reste. Un gros travail sur le son et une BO punchi fantastiquement efficace vous aideront à vous abandonner complètement et définitivement.
Si la mise en scène est léchée au possible, force est de constater le talent de Boyle pour aller d’avant en arrière sans jamais se perdre en chemin. Les flash-backs s’insérant parfaitement dans une narration simple mais terriblement efficace et intelligente renforçant un peu plus ce sentiment d’être constamment manipulé.
Dans le jeu machiavélique on doit aussi souligner l’incroyable partition des acteurs qui arrive à nous faire croire à cette histoire complètement barrée. Rosario Dawson en haut de l’affiche qu’on a du mal à cerner mais c’est surtout James McAvoy que l’on retiendra de ce Trance. Mi-ange mi-démon on ne comprend pas trop d’ou viennent ses accès de colère et sa frénésie de violence. On ne sait pas trop si on doit le plaindre ou l’accuser. Seul ombre au tableau côté casting, Vincent Cassel un peu trop dans son rôle du petit malfrat français.
Dans sa montée en puissance et sa volonté de faire sauter tous les cadres du film britannique, Trance surprend là où on ne l’attendait pas. Viscéral et fascinant, le nouveau Danny Boyle est un retour aux sources sans pour autant abandonner l’héritage Slumdog Millionaire. Un très grand thriller qui risque de vous habiter longtemps après un final un peu WTF.