Après Parlez-moi de la pluie en 2008, le duo Bacri-Jaoui est de retour sur nos écrans avec Au bout du Conte. Une histoire de rêves, d’espérance, de croyances et de mythes transgénerationnels.

Au_Bout_Du_ConteIl était une fois une jeune fille qui croyait au grand amour, aux signes, et au destin ; une femme qui rêvait d’être comédienne et désespérait d’y arriver un jour ; un jeune homme qui croyait en son talent de compositeur mais ne croyait pas beaucoup en lui.
Il était une fois une petite fille qui croyait en Dieu.
Il était une fois un homme qui ne croyait en rien jusqu’au jour où une voyante lui donna la date de sa mort et que, à son corps défendant, il se mit à y croire.

On doit avouer qu’avant d’aller voir le film on ne s’avait pas vraiment à quoi s’attendre. Un titre qui joue sur et avec les mots, un casting assez inattendu et surtout un synopsis qui nous appâtait autant qu’il nous affolait, une question demeurait : que diantre pouvait bien être ce nouveau film d’Agnès Jaoui ? Evidemment la curiosité nous aura fait franchir les portes d’une salle de cinéma et puis nous n’allions pas bouder le plaisir de retrouver le duo le plus sympathique du cinéma français sous pretexte que ce film nous paraissait un peu trop loufoque.

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Alors finalement Au bout du Conte c’est l’histoire de quoi ? Tout simplement l’histoire de jeunes (Laura, Sandro et les autres) et de moins jeunes (Marianne et Pierre) qui vont se frotter à la vie et apprendre que même si elle reste surprenante elle est quand même un sacré bordel ! De Sandro qui est coincé entre ses déceptions sentimentales et sa carrière musicale à Laura qui ne pense qu’à l’Amour avec un grand A en passant par Mariane mère accompli qui n’a jamais réalisé son rêve d’actrice et par Pierre grand septique et ronchonchon qui va voir tous ses principes remis en question, Au bout du Conte nous parle de beaucoup de choses. Et de choses tellement proches de nous qu’elles en deviennent sympathiques et attachantes. Il n’y a dans le cinéma de Jaoui un charme fou dans l’exploitation d’un quotidien finalement pas si normal que ça plein de rebondissement et de situations inattendues auxquelles il faut faire face. Chaque personnage et chaque scène nous ramenant alors à un événement que nous avons vécu ou à un moment de notre vie.

Toujours brillante quand elle s’interesse aux questionnements existentiels et dans son sens brillant de la mise en scène, Agnes Jaoui signe avec Au Bout du Conte un nouveau film dans la lignée directe du Gout des Autres. Sa plume impeccable se fait sentir dans chaque dialogue subtilement écrit et lorsqu’ils sont mis dans la bouche de Bacri la magie peut alors opérer. On rira beaucoup, sourira aussi souvent et l’émotion ne sera jamais très loin tant la réalité qui rattrape toujours nos protagonistes est touchante autant qu’angoissante. Et si la vie n’était jamais ce que l’on veut ou croire vouloir ?

La vraie bonne idée du film se trouvera dans la réinterprétation des contes classiques. De la chaussure perdue dans les escaliers après une soirée à la vision de l’âme soeur pointé par un ange, il y a dans Au bout du Conte de très grandes idées et une sublime mise en abime des mythes liés aux Contes de Princesses. Comme un passage obligé vers la réalité et l’âge adulte pour des enfants qui ont été bercés à coup d’Il était une fois et d’ Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants.

Si l’on est ravi de retrouver Bacri qui nous fascine toujours autant et Jaoui sympathique comme à son habitude, on va vite se rendre compte qu’à part ça, Au bout du Conte va un peu tourner en rond et donner la part belle aux deux comédiens au détriment du reste du casting. Plus l’intrigue avance (encore faut-il avoir supporter le pourquoi du comment du début du film) et plus un constat va se dessiner : Au bout du conte est un film par Jaoui pour Bacri et qu’importe le reste. Et surtout qu’importe les jeunes ! On se demande bien pourquoi Jaoui a casté autant de jeunes talents (Agathe Bonitzer, Arthur Dupont pour ne citer qu’eux) pour ne s’en servir jamais ou les affliger de clichés facilement détestables. Le déséquilibre grandit minute après minute et le couple Bacri/Jaoui enterre définitivement toute histoire secondaire. On se contre-fout alors totalement du trip Jésus de la gamine perturbée par le divorce de ses parents, de la jeune fille qui pense que l’Amour doit ressembler à Roméo et Juliette ou qu’il n’a pas lieu d’être ou du jeune garçon coincé entre ses ambitions et ses proches qui comptent beaucoup sur lui. Si Au bout du Conte s’était uniquement concentré sur l’histoire entre Pierre et Mariane on aurait sans doute préféré et on aurait pas senti une réalisatrice qui cherche à meubler entre deux prestations de Bacri. Jaoui qui nous avait habitué aux films chorales nous déçoit alors forcément.

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Sans être le grand retour de Jaoui derrière la caméra, Au bout du Conte n’en sera pas moins plaisant tant l’actrice/réalisatrice nous fait voyager dans son univers si propre et si riche qui apporte une réelle fraicheur dans le cinéma français. Et même si on aurait aimé un meilleur équilibre entre les histoires, on est complètement subjugué par le Bacri Show. Au bout du compte on se sera quand même laisser séduire.

Author

Cinéphile aux lacunes exemplaires, mon coeur bat aussi pour la musique, les chaussures léopard et les romans de Bret Easton Ellis. Maman de 2muchponey.com, niçoise d'origine, parisienne de coeur, je nage en eaux troubles avec la rage de l’ère moderne et la poésie fragile d'un autre temps. Si tu me parles de Jacques Demy je pourrais bien t'épouser.

2 Comments

  1. Svetlina SalParadise Reply

    J’adore Bacri, alors ça se tente si le film ne tourne qu’autour de lui !

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