Cinq après Redacted et six après le Dahlia noir, Brian de Palma revient sur nos écrans pour notre plus grand plaisir. Pour ce retour très attendu, le réalisateur américain retourne au thriller hitchcockien en réalisant le remake de Crime d’Amour, dernier film du regreté Alain Corneau.

Isabelle travaille au département publicité au sein d’une multinationale. Passionnée par son travail, elle voit en Christine sa supérieure hiérarchique et directrice du groupe, un modèle qu’elle admire. Alors que les relations semblent bonnes entre les deux femmes, Isabelle va réaliser petit à petit que Christine l’utilise et se sert d’elle. Ne supportant plus que son travail serve à la promotion de Christine, Isabelle décide de court-circuiter sa cheffe pour enfin récolter les lauriers de son travail. C’est à partir de ce moment qu’Isabelle se rend compte que tout ceci n’est qu’un jeu depuis le début dans lequel séduction, manipulation, domination et  servitude sont les seules règles. Les choses ne seront alors plus jamais les mêmes et le jeu plus dangereux qu’il n’y paraissait …

Oh qu’on l’attendait celui-ci. Peut -être parce que les sorties Blu-Ray par Carlotta de Blow Out et Pulsions nous avaient rappelé à quel point Brian De Palma est un grand monsieur ou tout simplement parce que voir Rachel McAdams et Noomi Rapace se partager l’affiche nous donner déjà l’eau à la bouche. On n’explique pas pourquoi on avait placé Passion si haut dans notre estime mais une chose est sûre : Brian De Palma n’aura pas manqué le rendez-vous.

Même si le film est assez long à se mettre en place et qu’on se demande un peu où tout ca va nous mener, force est de constater qu’après une vingtaine de minutes, Brian De Palma nous emmène vers des sommets et que l’ascension qui nous attend va être, bien que turbulente et dangereuse, passionnante en tout point. Dans ce décors d’une froideur à couper le souffle dans la pure tradition du cinéma européen, Passion va gagner au fil des scènes en intensité pour un final glaçant. On pense bien sur à Hitchcock et au De Palma des grands jours tant la tension va être omniprésente pendant toute la durée du film. On est alors fasciné, inquiet et anxieux devant le requiem qui se joue sous nos yeux.

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En plus de cette tension prédominante et une sensation que tout peut déraper à chaque instant, Brian de Palma joue avec la réalité et le rêve pour constamment brouiller les pistes et nous entrainer dans mille chemins différents. Impossible alors de distinguer réel et fantasmé tant les frontières sont effacées pour laisser au spectateur une grande liberté. Grâce à des caméras subjectives, des rêves et des cauchemars qui viennent entrelacer le film, impossible de distinguer le vrai du faux. Impossible de savoir ce qu’il sait réellement passé. Brian de Palma nous manipule alors comme Christine joue avec Isabelle, ou est-ce le contraire ? Un tourbillon de manipulation dans lequel vous vous laisserez emporter inéluctablement.

Brian de Palma ne se contente pas de transposer à la sauce américaine le thriller d’Alain Corneau mais réalise un vrai film personnel et profondément moderne bien que classique. En utilisant les techniques de communication d’aujourd’hui (smartphones, ordinateurs …) et en ancrant son film dans le monde de la publicité moderne, Brian de Palma se modernise et utilise l’environnement qui l’entoure aujourd’hui. Pourtant dans sa façon de filmer, dans sa façon de jouer avec les ombres, les lumières, les plans larges puis sérrés sur les visages et surtout les regards, Brian de Palma se rapproche d’un cinéma classique qui a fait le succès des grands films des années 70.

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Passion reposant sur la dualité entre les deux femmes, il était inimaginable de voir Noomi Rapace et Rachel Mc Adams se planter dans l’exercice. Et on doit avouer que pendant une bonne partie du film on s’est un peu demandé pourquoi avoir choisi Noomi Rapace tant la froideur de la suédoise n’est pas compatible avec le côté charnel du rôle. Face à une Rachel Mc Adams absolument sublime en garce manipulatrice et sans état d’âme, Noomi Rapace peine à convaincre en objet du désir et finalement en biatch vengeresse. Heureusement quand elle joue la femme fragile complètement manipulée et désespérée, elle est parfaite. Et quand on découvre le pot aux roses on se dit que Noomi Rapace est quand même une sacrée actrice et que la prestation est géniale.

Bien sur tout ne sera parfait dans ce Passion sans doute parce que Brian de Palma en 2013 n’est pas le même  jeune homme qui réalisait Pulsions en 1980. On aurait sans doute aimer plus de sensualité, plus de sexe, plus de machiavélisme, plus de noirceur et plus de folies pour ce thriller qui semble au final un peu sage. On a un peu l’impression que de Palma est sur la retenue et c’est vraiment dommage bien qu’encourageant pour un réalisateur que l’on croyait éteint. On ne peut alors espérer que le réalisateur continue d’aller dans ce sens à l’avenir.

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Thriller hitchcockien par excellence, Passion nous ravira par sa force manichéenne surtout synonyme de retour en force de Palma. L’avenir nous dira si ce Passion est le premier film d’une nouvelle ère … En tout cas nous on aimerait bien !

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Cinéphile aux lacunes exemplaires, mon coeur bat aussi pour la musique, les chaussures léopard et les romans de Bret Easton Ellis. Maman de 2muchponey.com, niçoise d'origine, parisienne de coeur, je nage en eaux troubles avec la rage de l’ère moderne et la poésie fragile d'un autre temps. Si tu me parles de Jacques Demy je pourrais bien t'épouser.

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