Après le très beau Ceux qui restent et le sympathique Les invités de mon père, Anne Le Ny passe une nouvelle fois derrière la caméra pour nous parler de Bretagne, d’enfance brisée et de fantômes du passé.
Odile, la trentaine, est une Parisienne indépendante, organisatrice de voyages. Elle annonce à son amant Fabrice qu’elle doit se rendre en Bretagne, près d’Audierne, en Cornouaille. Elle doit s’y occuper de l’héritage de sa tante, une maison au bord de l’océan.
Elle veut vendre la demeure et s’organise en conséquence, commençant à la vider. Elle n’y était jamais revenue depuis l’âge de 12 ans, mais les souvenirs douloureux remontent, marqués par la mort de son père, décédé d’une crise d’asthme dans une des chambres, et aiguillonnés aussi par sa rencontre avec Loïc, un ami d’enfance qu’elle n’avait plus vu depuis et qu’elle avait oublié. Dans les brouillards de cette Cornouaille mystérieuse, rien ne se passe comme Odile l’attendait…
La belle Bretagne
Sorti cet été on avait un peu zapé Cornouaille dont le casting et l’intrigue nous avaient un peu laissé sceptique. Les bons retours sur le film nous avaient quand même fait regretter de ne pas être allée faire un tour en Bretagne à la rencontre du passé d’Odile. La sortie en vidéo en janvier dernier par TF1 nous aura permis de nous rattraper.
Le début du film nous aura fait une bien bonne impression. Agité, bruyant et peu conformiste, Cornouaille commencera de la plus belle des manières en enchainant petites situations comiques aussi discrètes qu’efficaces. Clefs qui tombent dans un trou, nuit dans la chambre du voisin fan de Marilyn Manson, couple qui rit comme deux enfants, on sent que ce Cornouaille sera un petit bol de fraicheur, comme un Week-end au calme sur une plage en Bretagne. Bercé par les vues et les paysages qui vous donneront des envies de Finistère on se laisse prendre par la main par Anne Le Ny.
Pourtant dès qu’on passe la porte de cette maison qui renferme bien des mystères on commence à déchanter … Si Cornouaille avait commencé comme un film d’une fraicheur rare, on est surpris par la tournure des choses et le changement de cap de Anne Le Ny qui va nous servir de la Bretagne à la sauce clichés. Et nous voici donc parti vers les légendes bretonnes autour des personnes disparues ou décédées, vers les habitants de l’île forcément plus vrais qu’à Paris et des enfants qui en savent forcément plus sur la vie que les adultes qui les entourent. On vous passe les cousins nostalgiques buveurs de cidre et de calvados opposés à la vente de la maison et la tente décédée qui ne se pardonne toujours pas la mort de son frère. Anne Le Ny oublie toute idée de légèreté et va nous servir un film ultra prévisible d’une lourdeur inattendue et va user de toutes sortes d’artifices jusqu’à écœurement.
Contes et légendes, de trop ?
Là où Cornouaille va définitivement nous perdre c’est quand Anne Le Ny fait le choix d’entrer dans le fantastique. Et oui qui dit Bretagne dit forcément mystères et légendes, donc pourquoi pas redonner vie aux morts de l’ami d’enfance récemment disparu en mer aux parents qui reviennent pour conseiller leur fille. Pas de spoil ici si vous regardez attentivement le film vous découvrez le pot aux roses dès que vous faites la connaissance de Loic.
Alors que d’autres films jouaient parfaitement sur la corde du réel/fantasmé, Cornouaille se plante complètement quand il s’essaye au genre lui donnant des allures de long-métrage cheap qui à force de parler de tout ne raconte absolument rien.
Bizarrement, et malgré les sujets forts évoqués, on ne ressentira absolument rien devant Cornouaille. On ne se prendra d’aucun attachement envers les personnages qui nous laisseront complètement indifférents du début à la fin du film.
Vanessa Paradis, qu’on apprécie pourtant de voir dans un nouveau registre sans maquillages et sans artifices, ne convaincra pas une seule seconde tant son personnage semble faux et ses comportements incompréhensibles. D’abord à peine humaine et sans sentiments on ne sait pas trop pourquoi Odile devient sensible et attachée à la toute fin du film. On ne sait pas trop non plus pourquoi Loïc (au cas où on n’était pas sûr d’être chez les Bretons) devient maniac flippant à la moitié du film ni pourquoi on retrouve le notaire sortir de l’eau en mode “Et ouais je fais aussi de la plongée, on ne dirait pas comme ça” quelques minutes avant le générique de fin.
Cornouaille sera alors à l’image de ses propos et de ses personnages : un grand mystère ! Peut-être la clé du film était-elle là, mais on sera passé complètement à côté !
Malgré de beaux paysages et un début prometteur, Cornouaille tombera dans tous les pièges et s’enfoncera au fur et à mesure que le film avance. On en ressort un peu sonné se demandant pourquoi Anne le Ny a voulu suivre cette route qui mène tout droit vers une falaise. Un making-off nous éclairera, mais ne nous aidera pas à sortir de la brume : Cornouaille n’est pas le lieu idéal pour passer son dimanche après-midi ni un autre jour d’ailleurs.