Cinq après le somptueux Assassinat de Jesse James par le lache Robert Ford, Andrew Dominik est de retour et s’offre une nouvelle fois les services de Brad Pitt pour servir le roman de George V.Higgins, L’art et la manière. Le miracle a-t-il une nouvelle fois eu lieu ?

Lorsqu’une partie de poker illégale est braquée, c’est tout le monde des bas-fonds de la pègre qui est menacé. Les caïds de la Mafia font appel à Jackie Cogan pour trouver les coupables. Mais entre des commanditaires indécis, des escrocs à la petite semaine, des assassins fatigués et ceux qui ont fomenté le coup, Cogan va avoir du mal à garder le contrôle d’une situation qui dégénère…

S’il y a bien un film que l’on attendait cette année, c’était bien le nouveau Andrew Dominik. Après avoir été subjugué par la maitrise et la classe de Jesse James on se disait qu’un thriller sur fond de Mafia et de réglèment de comptes pourrait bien devenir le petit évenement de 2012. A cannes à la première vision , nous étions restés complètement impassible devant ce spectacle visuel certe mais bien trop bavard pour nous convaincre d’un nouveau chef d’oeuvre. Passé peut-être à côté  on avait décidé de redonner une nouvelle chance au film lors des rattrapages du dimanche pour voir si notre jugement méritait d’être révisé … ou pas.

A la seconde vision et dès les toutes premières minutes on est surpris par la vision de l’amérique de Dominik. Dans ce décor presque apocalyptique on trouve des maisons abandonnés, des meubles dispersés dans la rue et un climat de désolation qui semble installé depuis des années. On est loin des clichés américains qui voudraient que le héros soit blond et qu’il vive en Californie. Andrew Dominik dresse alors le portrait d’une Amérique essorée par les années Bush. Une Amérique où les petits malfrats sont prêts à tout pour sortir de leur misère, où la pègre est minable et les tripots aussi miteux que les quartiers qu’ils occupent. Etrange sensation de se retrouver dans une ville fantôme où tout espoir de mieux semble avoir été oublié. Là est sans doute la grande force de Killing Them Softly, dans sa capacité à renvoyer une image peut-être méconnue d’une Amérique au plus bas à la veille de l’élection d’Obama. Une Amérique désillusionnée, qui ne voit même pas dans le départ probable de Bush un mieux possible. Tout le monde semble plus au moins foutus, voyous comme classes moyennes, victimes certaines du capitalisme sauvage imposé par les grandes puissances.


Il y a dans Cogan, bien plus qu’une reflection sur l’état d’un pays. Grâce à des dialogues taillés au couteau, à une violence exacerbé totalement hypnotisante et à des performances d’acteurs toutes incroyables (à commencer par Brad Pitt qui est juste sensationnel) Killing Them Softly devient un film à part, un petit bijoux de cruauté digne des grands polars américains des années 80.

Pour autant, on restera septique quant à un esthétisme trop recherché et sans doute trop accentué pour un film si court. Andrew Dominik semble être amoureux de son style et incapable de s’en défaire même lorsque celui-ci n’apporte rien aux propos. Si on est halluciné par la scène de meurtre au feu rouge on se demande vraiment l’intérêt de celle où on voit nos deux jeunes voyous se faire un petit trip qui semble ne jamais finir. Ainsi les 1h30 semblent durer des heures et il nous faudra encore beaucoup de force pour ne pas nous laisser tomber dans les bras de Morphée.


Grâce à son regard décalé sur l’Amérique et ses mythes, Andrew Dominik livre une oeuvre personnelle bourrée de références. On sent que l’ombre des maîtres n’est pas loin même s’il faudra au cinéaste une plus grande capacité à se mettre en retrait pour ne pas desservir son propos.  Pour autant Cogan reste plein de promesse quant à l’avenir d’un cinéaste en puissance.

M.

Author

Cinéphile aux lacunes exemplaires, mon coeur bat aussi pour la musique, les chaussures léopard et les romans de Bret Easton Ellis. Maman de 2muchponey.com, niçoise d'origine, parisienne de coeur, je nage en eaux troubles avec la rage de l’ère moderne et la poésie fragile d'un autre temps. Si tu me parles de Jacques Demy je pourrais bien t'épouser.

2 Comments

  1. j’ai vu ce film au cinéma le week-end dernier parce que chéri voulait le voir, c’est un fan de Brad Pitt, alors que tout ça moi c’est pas mon genre. Et à la fin je n’ai pas aimé le film, j’ai même essayé de m’endormir au milieu, mais avec les coups de feu c’était impossible ! A la fin du film je n’en ai pas trop vu l’intérêt, je n’ai pas compris quel était le message du réalisateur, mais en même temps je ne m’y connais pas trop dans ce genre de films, et les références citées dans ce film ne sont pas les miennes surtout, du coup le tout m’intéressait peu. Je crois que c’est pour toutes ces raisons que je n’ai pas apprécié ce film :)

  2. j’ai vu ce film au cinéma le week-end dernier parce que chéri voulait le voir, c’est un fan de Brad Pitt, alors que tout ça moi c’est pas mon genre. Et à la fin je n’ai pas aimé le film, j’ai même essayé de m’endormir au milieu, mais avec les coups de feu c’était impossible ! A la fin du film je n’en ai pas trop vu l’intérêt, je n’ai pas compris quel était le message du réalisateur, mais en même temps je ne m’y connais pas trop dans ce genre de films, et les références citées dans ce film ne sont pas les miennes surtout, du coup le tout m’intéressait peu. Je crois que c’est pour toutes ces raisons que je n’ai pas apprécié ce film :)

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