Grand Prix du Festival Américain de Deauville et Prix de la Critique internationale au dernier festival de Cannes, Take Shelter était sans contexte le film le plus attendu de ce début d’année. Et la critique ne s’y est pas trompée ! Take Shelter a tout d’un grand film : beau, profond, saisissant.

Curtis LaForche mène une vie paisible avec sa femme et sa fille quand il devient sujet à de violents cauchemars. La menace d’une tornade l’obsède. Des visions apocalyptiques envahissent peu à peu son esprit. Son comportement inexplicable fragilise son couple et provoque l’incompréhension de ses proches. Rien ne peut en effet vaincre la terreur qui l’habite…

Curieuse obsession que de vouloir sublimer l’apocalypse. Après Lars Von Trier et son étourdissant Melancholia, Jeff Nichols choisit lui aussi de proposer sa vision de la fin du monde. Cette fois-ci pas de mariage sublime pour nous distraire, juste une famille modeste qui va voir son fragile équilibre bousculé. Jeff Nichols propose ici une vision assez pessimiste sur la classe moyenne américaine après la crise des SubPrimes.

Jeff Nichols nous emporte au fin fond de l’Amérique pour découvrir la vie très monochrome de ses personnages. Tout en dressant le portrait de Samantha, Curtis et leur fille Hannah, le jeune réalisateur emmène petit à petit les thèmes de la folie, de la schizophrénie et de la paranoïa. D’une manière très habille, Jeff Nichols parvient à raconter deux histoires : celle d’une famille confrontée à ses drames et celle d’un homme frappé d’hallucinations. Bien sur les histoires sont étroitement liées mais on est frappé par la capacité du réalisateur à choisir la Vie plutôt que la folie de Curtis. Alors on est autant bouleversé quand on voit Curtis se ruiner pour un abri antiatomique que quand on plonge avec lui dans ses rêves.

La descente aux enfers du personnage principal est absolument saisissante et incroyablement bien amenée. Du début des cauchemars, aux confrontations avec la famille et les amis, tout est parfaitement réussi. Et Jeff Nichols a le génie d’élever des barrières très floues entre réalité et hallucination. Ainsi, impossible de savoir si oui ou non Curtis est fou ou s’il voit juste le futur dans ses rêves. En associant aux mystérieux rêves le passé assez trouble de Curtis, Jeff Nichols brouille les pistes et nous fait sans cesse nous demander où se trouve la vérité. Brillant.

En plus d’être une pure réussite sur le plan scénaristique, Take Shelter est époustouflant d’un point de vue esthétique. Les visions d’un ciel qui se couvre, les tempêtes qui approchent et les éclairs qui fendent le ciel sont absolument sublimes. Et lorsqu’une pluie de corbeau s’abat sur un Curtis tenant dans ses bras l’innocente Hannah, on est comme abasourdi.

Jeff Nichols joue avec les sentiments, les ambiances et les tons pour rendre un spectacle en tout point captivant. Michael Shannon est absolument saisissant comme à son habitude et Jessica Chastain est juste sublime en femme amoureuse qui tente de garder la tête hors de l’eau.

Décidément la fin du monde a du bon parfois.

M.

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